Processus de certification

La notice d'instructions : exigences et langues

La notice d’instructions n’est pas un manuel d’utilisation

La notice d’instructions exigée par la directive 2006/42/CE est un document de sécurité. Elle constitue la troisième étape de la réduction du risque prévue par EN ISO 12100:2010, après la conception intrinsèquement sûre et les protections : l’information pour l’utilisation.

Cette place dans la hiérarchie a une conséquence directe, et c’est le point le plus mal compris du sujet.

Erreur fréquente

La notice ne rattrape jamais un défaut de conception. Écrire « ne pas introduire la main dans la zone d'outillage » ne remplace pas un protecteur. Une notice bien rédigée qui compense l'absence de protection est une notice qui aggrave le dossier plutôt qu'elle ne le sauve.

À l’inverse, une notice absente ou incomplète rend non conforme une machine par ailleurs bien conçue. C’est une exigence essentielle à part entière, pas une pièce annexe.

Elle se distingue aussi de trois documents voisins. La notice d’assemblage (Annexe VI) accompagne les quasi-machines, pas les machines complètes.

La déclaration CE de conformité est un acte juridique, pas une instruction. Et le dossier technique reste chez le fabricant, alors que la notice part avec la machine — un exemplaire de la notice figurant par ailleurs dans le dossier.

Ce que la notice doit contenir

La notice couvre la machine sur tout son cycle de vie, dans le même périmètre que celui retenu pour l’appréciation du risque.

Identification

  • Raison sociale et adresse complète du fabricant et, le cas échéant, de son mandataire.
  • Désignation de la machine, type, série, telle qu’elle figure sur la plaque signalétique.
  • La déclaration CE de conformité, ou son contenu, indiquant les caractéristiques de la machine.

Usage

  • La description de l’usage prévu de la machine.
  • Les mauvais usages raisonnablement prévisibles dont l’expérience a montré qu’ils peuvent se produire, et qui sont expressément déconseillés.
  • Les conditions dans lesquelles la machine ne doit pas être utilisée.

Cycle de vie

  • Transport, manutention, stockage : masses, points d’élingage, conditions.
  • Installation, montage, raccordement des énergies, mise en service.
  • Utilisation, organes de service, modes de marche, conduite à tenir en cas d’incident et procédure de remise en service.
  • Réglage, changement d’outil ou de format, apprentissage.
  • Maintenance préventive et corrective, consignation des énergies, pièces de rechange ayant une incidence sur la sécurité.
  • Mise hors service, démontage, mise au rebut.

Sécurité

  • Les risques résiduels issus de l’appréciation du risque, et les mesures à prendre par l’utilisateur : équipements de protection individuelle, formation, procédures.
  • La description des protecteurs et dispositifs de protection, et l’interdiction de les neutraliser.
  • Les caractéristiques utiles à la sécurité : émission sonore, vibrations, rayonnements, atmosphère, selon ce qui est pertinent pour la machine.

Le lien avec l’analyse de risque est structurant : chaque risque résiduel documenté doit trouver son écho dans la notice. Une notice rédigée sans consulter l’appréciation du risque produit exactement le défaut inverse — beaucoup de généralités et aucune des précautions réellement nécessaires.

La règle de langue

La notice doit être fournie dans la ou les langues officielles du pays où la machine est mise en service.

Deux précisions comptent.

Le critère est le pays de mise en service, pas celui du siège de l’acheteur. Un groupe dont la centrale d’achat est à Zurich mais qui installe la machine dans son usine vaudoise a besoin d’une notice en français.

L’original et la traduction doivent être distinguables. La notice rédigée par le fabricant dans sa langue est la notice originale. Toute autre version est une traduction de la notice originale et porte cette mention.

Quand le fabricant ne fournit pas de notice originale dans la langue du pays d’utilisation, une traduction doit être fournie et accompagnée de l’original.

Le cas suisse

C’est ici que la situation devient concrète, et coûteuse.

Le cas suisse

La Suisse a plusieurs langues officielles. Un fabricant qui vend sur l'ensemble du territoire national peut donc être conduit à produire sa notice en français, en allemand et en italien selon les cantons de mise en service. Un constructeur romand qui livre en Suisse alémanique n'échappe pas à l'exigence en fournissant une notice française.

L’Ordonnance sur les machines (OMach, RS 819.14) ne recopie pas les exigences européennes : elle renvoie directement au texte de la directive 2006/42/CE. Les exigences relatives à la notice sont donc, sur le fond, identiques en Suisse et dans l’Union.

À l’export, l’addition monte vite : chaque marché servi ajoute au minimum une langue, et une notice sérieuse pour une machine de production n’est pas un document de quelques pages. C’est un poste budgétaire réel, à intégrer dès l’étude de prix — voir combien coûte la certification CE.

Les défauts les plus fréquents

La notice bâclée en fin de projet. Rédigée en quelques jours pour ne pas retarder la livraison, sans lien avec l’analyse de risque. C’est le document le plus visible de tout le dossier, et souvent le plus faible.

La maintenance traitée en une page. Alors qu’une part importante des accidents graves survient en maintenance, en réglage et en déblocage d’incident, ce sont les sections les plus souvent expédiées.

Une traduction automatique non relue. Une notice de sécurité mal traduite crée un risque réel et se voit immédiatement. Le passage d’une consigne d’interdiction à une simple recommandation, par exemple, change le sens et la portée du document.

L’absence de risques résiduels. Si la notice ne mentionne aucun risque résiduel, c’est en général que l’appréciation du risque n’en a documenté aucun — ce qui signale un problème en amont plutôt qu’une machine parfaitement sûre.

Une notice qui contredit la plaque ou la déclaration. Désignation différente, adresse obsolète, type mal recopié. Un contrôleur repère ces écarts sans compétence technique particulière.

La notice numérique du règlement (UE) 2023/1230

Le règlement (UE) 2023/1230, applicable à partir du 20 janvier 2027, introduit la principale évolution du sujet : la notice d’instructions au format numérique est autorisée.

Deux garde-fous accompagnent cette ouverture.

Une version papier doit être fournie gratuitement sur demande de l’utilisateur. Le format numérique est une possibilité offerte au fabricant, pas une manière d’imposer le tout-écran à l’exploitant.

La notice doit rester disponible. Le règlement encadre les conditions de mise à disposition en ligne. Sur ce point, une réserve s’impose : de nombreuses publications citent une durée chiffrée de disponibilité que nous n’avons pas pu vérifier dans le texte. Nous ne la reprenons donc pas. Avant de bâtir votre organisation documentaire sur une durée précise, vérifiez-la directement dans le règlement.

Ce qui ne change pas, en revanche : l’exigence de langue reste. Le numérique ne dispense d’aucune traduction. Il change le support, pas le contenu ni le périmètre linguistique.

Pour les fabricants, l’enjeu pratique du passage au numérique est moins réglementaire qu’organisationnel.

Publier une notice en ligne suppose de maîtriser le versionnage — quelle version de notice correspond à quel numéro de série —, la pérennité de l’hébergement, et la capacité à imprimer et expédier une version papier à la demande, y compris plusieurs années après la livraison.

À retenir

La notice d'instructions doit être fournie dans la ou les langues officielles du pays où la machine est mise en service : en Suisse comme à l'export, c'est un poste de coût que les fabricants découvrent trop tard.

Questions fréquentes

Dans quelle langue doit être rédigée la notice d'instructions d'une machine ?

Dans la ou les langues officielles du pays où la machine est mise en service. Une machine livrée en Suisse romande doit donc disposer d'une notice en français, une machine livrée en Suisse alémanique d'une notice en allemand. La notice originale et sa traduction doivent pouvoir être distinguées : la traduction porte la mention « traduction de la notice originale ».

La notice d'instructions fait-elle partie du dossier technique ?

Oui. Un exemplaire de la notice d'instructions figure dans le dossier technique constitué selon l'Annexe VII partie A de la directive 2006/42/CE. Mais la notice, contrairement au dossier technique, accompagne aussi physiquement la machine livrée au client.

Peut-on livrer la notice d'une machine uniquement au format numérique ?

Sous la directive 2006/42/CE, la notice accompagne la machine. Le règlement (UE) 2023/1230, applicable à partir du 20 janvier 2027, autorise la fourniture de la notice sous forme numérique, avec l'obligation de remettre gratuitement une version papier sur demande de l'utilisateur. Cette possibilité s'accompagne de conditions de disponibilité qu'il faut vérifier dans le texte du règlement.

Que doit contenir la notice d'instructions d'une machine ?

L'identification du fabricant et de la machine, la description de l'usage prévu et des mauvais usages à ne pas commettre, les instructions d'installation, de mise en service, d'utilisation, de réglage, de maintenance et de mise hors service, les risques résiduels et les protections à mettre en œuvre, les caractéristiques techniques utiles à la sécurité, ainsi que la déclaration ou une copie de la déclaration CE de conformité.

Sources