Tests et essais
Quels essais sont réellement obligatoires pour une machine ?
Il n’existe pas de liste d’essais obligatoires
C’est la réponse la plus utile qu’on puisse donner à la question des essais obligatoires d’une machine CE, et elle surprend souvent : la Directive 2006/42/CE ne contient aucune liste d’essais à réaliser. Ni un catalogue de mesures, ni un protocole type, ni une batterie minimale à passer avant d’apposer le marquage.
Ce qu’elle contient, c’est l’Annexe I : les exigences essentielles de santé et de sécurité (EESS). Ce sont des objectifs de résultat. La machine doit être conçue de manière à ce que tel risque soit éliminé ou réduit, tel organe de commande soit protégé contre la manœuvre involontaire, telle information soit fournie à l’utilisateur. La directive dit ce qui doit être atteint, jamais comment le mesurer.
Cette logique est celle de la « nouvelle approche ». Elle a une conséquence directe : deux machines de puissance comparable, construites dans le même atelier, peuvent appeler des programmes de vérification totalement différents.
Il n’y a pas de réponse générique, et toute page qui prétend vous donner « la liste des essais obligatoires » vous vend une liste qui n’existe pas.
Deux idées reçues tenaces se renforcent l'une l'autre. La première : « il existe une liste d'essais obligatoires pour le marquage CE ». Elle n'existe pas — la directive impose un résultat, pas un protocole. La seconde : « il faut faire passer sa machine au laboratoire ». Le passage au laboratoire n'est pas systématique : hors Annexe IV, l'auto-certification est la règle et une grande partie des vérifications se conduit en interne, sur la machine.
Ce qui détermine réellement les vérifications à conduire
Trois éléments, dans cet ordre.
1. L’analyse de risque. C’est elle qui identifie les phénomènes dangereux de votre machine et les mesures de réduction du risque que vous avez retenues. Chaque mesure de réduction du risque appelle une preuve qu’elle fonctionne. Un protecteur mobile verrouillé qui n’a jamais été essayé en conditions réelles n’est pas une mesure de sécurité, c’est une intention.
2. Les normes que vous décidez d’appliquer. Une norme harmonisée vous donne la présomption de conformité aux EESS qu’elle couvre — mais uniquement si vous l’appliquez intégralement, y compris ses clauses de vérification. Les normes de type C, spécifiques à une famille de machines, sont généralement celles qui décrivent le plus précisément les vérifications attendues. C’est en les ouvrant, pas en lisant la directive, que vous saurez ce qui doit être mesuré.
3. La procédure d’évaluation de la conformité retenue. L’article 12 de la directive distingue les machines hors Annexe IV, qui relèvent du contrôle interne de la fabrication (Annexe VIII), et les machines de l’Annexe IV, qui peuvent appeler un examen CE de type (Annexe IX) ou une assurance qualité complète (Annexe X). Le niveau de formalisme attendu sur les preuves d’essai n’est pas le même selon le chemin choisi.
Autrement dit : le programme d’essais est une sortie de votre dossier, pas une entrée. Vous ne pouvez pas le connaître avant d’avoir fait l’analyse de risque et choisi vos normes.
Vérification, essai, validation : trois mots qui ne disent pas la même chose
Ces trois termes sont employés indifféremment dans la plupart des conversations. Les distinguer clarifie beaucoup de choses.
| Terme | Question à laquelle il répond | Forme typique |
|---|---|---|
| Vérification | La caractéristique est-elle conforme à ce qui était spécifié ? | Examen visuel, contrôle documentaire, mesure ponctuelle |
| Essai | Comment la machine se comporte-t-elle dans des conditions définies ? | Sollicitation contrôlée, observation, relevé |
| Validation | L’ensemble répond-il au besoin de sécurité issu de l’analyse de risque ? | Combinaison d’analyse et d’essais, sur la machine complète |
Une continuité de conducteur de protection se vérifie. Le comportement d’une commande à l’arrêt d’urgence s’essaie. Le fait qu’une fonction de sécurité atteigne le niveau de performance requis se valide — et la validation comporte toujours une part d’analyse que l’essai seul ne remplace pas.
L’erreur la plus courante consiste à croire qu’un essai réussi vaut validation.
Un arrêt d'urgence coupe bien la puissance lors de l'essai. Le résultat est bon, la case est cochée. Il ne prouve pourtant rien sur le comportement de la fonction en cas de défaut d'un composant : cela, seule l'analyse de l'architecture peut l'établir. L'essai a montré que la fonction marche quand tout va bien — pas qu'elle reste sûre quand quelque chose lâche.
Les grandes familles de vérifications que l’on rencontre
Sans prétendre à une liste imposée, voici les domaines qui reviennent sur la plupart des machines industrielles :
- les vérifications électriques de l’équipement de la machine, selon la norme EN 60204-1:2018 lorsqu’elle est appliquée ;
- la validation des fonctions de sécurité, selon EN ISO 13849-1 ou EN IEC 62061 ;
- la compatibilité électromagnétique, au titre de la réglementation CEM qui s’ajoute à la Directive Machine ;
- la mesure des émissions sonores, dont la déclaration est exigée dans la notice d’instructions ;
- les essais fonctionnels de la machine elle-même : cycles, modes de marche, comportement au rétablissement de l’énergie, comportement en cas de coupure ;
- les vérifications propres à la machine, imposées par sa norme de type C quand il en existe une.
Les valeurs limites, les seuils et les critères d’acceptation de chacune de ces vérifications ne figurent pas dans la directive. Ils figurent dans les normes, et ils dépendent de la machine, de son environnement d’installation et de la catégorie d’équipement concernée. C’est une des raisons pour lesquelles un programme d’essais ne se recopie pas d’une machine à l’autre.
Ce qu’il faut garder : la preuve, pas le geste
Un essai qui n’est pas documenté n’a pas eu lieu. C’est probablement l’écart le plus fréquent dans les dossiers que nous examinons : des vérifications réellement conduites par des gens compétents, mais dont il ne reste qu’une case cochée sur une fiche de fin de montage.
Un enregistrement d’essai exploitable indique au minimum : ce qui a été essayé, sur quelle machine identifiée, dans quelles conditions, avec quel moyen de mesure, selon quel critère d’acceptation, avec quel résultat, par qui et à quelle date.
C’est cet enregistrement qui rejoint le dossier technique. Le jour d’un contrôle ou d’un litige, c’est lui qui fait la différence entre une machine conforme et une machine dont on affirme qu’elle l’est.
La question à se poser avant de commander un essai
Avant d’engager un budget de laboratoire, une seule question mérite d’être tranchée : quelle exigence essentielle cet essai est-il censé démontrer ?
Si la réponse est claire, l’essai a une place dans votre dossier. Si la réponse est « parce que ça se fait » ou « pour être tranquille », vous êtes en train d’acheter une preuve dont personne ne vous demandera rien — pendant que l’exigence réellement critique reste, elle, non démontrée.
Le coût d’un dossier de conformité se joue beaucoup plus dans ce tri que dans le prix unitaire des essais.
La Directive Machine n'impose aucune liste d'essais : elle impose d'atteindre les exigences essentielles de santé et de sécurité. C'est votre analyse de risque, puis les normes que vous choisissez d'appliquer, qui déterminent les vérifications que vous devrez réellement conduire.
Questions fréquentes
Y a-t-il des essais obligatoires pour obtenir le marquage CE d'une machine ?
Non, il n'existe pas de liste d'essais imposée par la Directive 2006/42/CE. La directive fixe des exigences essentielles de santé et de sécurité à atteindre et laisse au fabricant le choix des moyens de le démontrer. Les vérifications nécessaires découlent de l'analyse de risque et des normes appliquées, machine par machine.
Faut-il faire passer sa machine dans un laboratoire pour la certifier ?
Dans la plupart des cas, non. L'auto-certification est la règle pour les machines qui ne relèvent pas de l'Annexe IV de la directive, et une grande partie des vérifications se conduit en interne, sur la machine, par le fabricant. Le laboratoire devient nécessaire lorsque la démonstration exige des moyens de mesure ou une compétence que l'entreprise n'a pas.
Quelle est la différence entre une vérification, un essai et une validation ?
Une vérification contrôle qu'une caractéristique est conforme à ce qui était prévu, souvent par examen ou mesure. Un essai soumet la machine ou une fonction à des conditions définies pour observer son comportement. La validation démontre que l'ensemble répond bien au besoin de sécurité issu de l'analyse de risque, en combinant analyse et essais.
Sources
- Directive 2006/42/CE relative aux machines — texte intégral EUR-Lex, Journal officiel de l'Union européenne
- Décision d'exécution (UE) 2023/1586 — normes harmonisées, version consolidée EUR-Lex
- Machines — page sectorielle de la Commission européenne Commission européenne, DG GROW
- Ordonnance sur la sécurité des machines (OMach, RS 819.14) Fedlex, Confédération suisse