Normes techniques
EN ISO 13849-1 : sécurité fonctionnelle et Performance Level
Ce que traite EN ISO 13849-1
EN ISO 13849-1 — Sécurité des machines - Parties des systèmes de commande relatives à la sécurité - Partie 1: Principes généraux de conception — est une norme de type B. Elle ne traite ni des protecteurs, ni des distances de sécurité, ni de l’ergonomie : elle traite de la fiabilité des fonctions de sécurité commandées.
La distinction est fondamentale et pourtant régulièrement manquée. Un protecteur mobile verrouillé n’est pas simplement « présent ou absent ». Il met en œuvre une fonction de sécurité : détecter l’ouverture, couper la puissance, empêcher le redémarrage. Cette fonction repose sur une chaîne — capteur, logique de traitement, actionneur — et cette chaîne peut défaillir.
EN ISO 13849-1 répond à la question : avec quelle probabilité cette fonction va-t-elle défaillir dangereusement, et est-ce acceptable au vu du risque qu’elle couvre ?
La norme s’applique à toutes les technologies : électrique, électronique, programmable, mais aussi hydraulique, pneumatique et mécanique. C’est historiquement ce qui l’a distinguée de son alternative, EN IEC 62061.
Deux éditions coexistent aujourd’hui
Un point de vigilance avant toute chose. Les éditions 2015 et 2023 d’EN ISO 13849-1 sont toutes deux citées dans la liste des normes harmonisées machines — la décision d’exécution (UE) 2023/1586, publiée au JO L 194 du 2.8.2023. L’édition 2023 y a été ajoutée par la décision (UE) 2024/1329.
Concrètement, les deux éditions procurent aujourd’hui la présomption de conformité. Vous ne commettez pas de faute en appliquant l’une ou l’autre, à condition d’indiquer précisément laquelle dans votre déclaration de conformité et dans votre dossier — « EN ISO 13849-1 » sans millésime n’est pas une référence exploitable.
Des dates de retrait pour l'édition 2015 circulent dans des publications professionnelles. Nous ne les reprenons pas : au 18 juillet 2026, elles n'apparaissent pas dans le texte consolidé de la décision.
Si vous engagez une conception à long cycle, la conduite prudente est de vérifier vous-même la version consolidée sur EUR-Lex avant de figer votre référentiel, et d’envisager l’édition 2023 pour les nouveaux développements.
PLr et PL : le point que tout le monde inverse
Le Performance Level se décline en cinq niveaux : PL a, b, c, d, e, du moins au plus exigeant. Chacun correspond à une plage de PFH_D — la probabilité de défaillance dangereuse par heure. Plus la plage est basse, plus le PL est élevé.
La démarche comporte deux mouvements qu’il ne faut jamais confondre.
Le PL requis (PLr) est un besoin. Il découle de l’appréciation du risque menée selon EN ISO 12100 : plus le dommage possible est grave et l’exposition fréquente, plus la fonction de sécurité doit être fiable, donc plus le PLr est élevé. Le PLr se détermine avant de choisir le moindre composant.
Le PL atteint est un résultat. Il se calcule à partir de l’architecture réellement conçue et de la fiabilité réelle des composants retenus.
La condition de conformité s’écrit alors simplement : PL atteint ≥ PLr, et cela fonction de sécurité par fonction de sécurité.
C’est là que se situe l’erreur la plus répandue.
On voit des cahiers des charges qui exigent « PL d pour la machine ». Cela n'a pas de sens. Le Performance Level est un attribut d'une fonction de sécurité, pas d'une machine.
Une même machine peut comporter dix fonctions de sécurité à dix PLr différents, et chacune doit être traitée séparément : arrêt d’urgence, verrouillage de porte, barrière immatérielle, surveillance de vitesse réduite, chacune a son propre PLr.
Les catégories d’architecture
Le PL atteint dépend d’abord de la structure du circuit. La norme définit cinq architectures types, appelées catégories.
| Catégorie | Structure | Comportement en cas de défaillance |
|---|---|---|
| B | Canal unique, composants conformes à l’état de l’art | Une défaillance peut entraîner la perte de la fonction de sécurité |
| 1 | Canal unique, composants et principes de sécurité éprouvés | Comme B, mais probabilité de défaillance plus faible |
| 2 | Canal unique avec test périodique de la fonction | La défaillance est détectée par le test, pas forcément immédiatement |
| 3 | Redondance : une défaillance unique n’entraîne pas la perte de la fonction | Défaillance unique tolérée ; les accumulations ne sont pas toutes détectées |
| 4 | Redondance avec surveillance étendue | Défaillance unique tolérée et détectée ; accumulation de défauts prise en compte |
Le passage de la catégorie 1 à la catégorie 2 change de logique : on cesse de compter uniquement sur la qualité des composants pour introduire de la détection. Le passage à la catégorie 3 change de logique une seconde fois : on introduit de la redondance.
L’architecture est nécessaire mais pas suffisante. Une catégorie 3 câblée avec des composants médiocres n’atteint pas nécessairement le PL espéré.
Les paramètres du calcul
Quatre grandeurs entrent dans la détermination du PL atteint, en plus de la catégorie.
- MTTF_D — le temps moyen avant défaillance dangereuse de chaque canal. C’est la fiabilité intrinsèque des composants. Les fabricants de composants de sécurité publient cette donnée ; elle doit être documentée dans votre dossier, pas estimée au jugé.
- DC_avg — la couverture de diagnostic moyenne. Quelle proportion des défaillances dangereuses le système est-il capable de détecter ? Un système qui défaille sans le savoir n’est pas un système sûr.
- CCF — les défaillances de cause commune (common cause failure). Deux canaux redondants qui partagent la même alimentation, le même câble, le même environnement de température peuvent défaillir ensemble, ce qui annule le bénéfice de la redondance. La norme impose une évaluation dédiée de ce point.
- PFH_D — la probabilité de défaillance dangereuse par heure, résultat du calcul, que l’on compare à la plage correspondant au PL visé.
Le CCF est le paramètre le plus souvent traité à la légère. Une redondance formelle qui ne résiste pas à une cause commune évidente — une seule source d’air comprimé, un seul disjoncteur, deux capteurs identiques exposés au même encrassement — est une redondance sur le papier seulement.
Le logiciel et la validation
Deux points souvent traités trop tard.
Lorsque la fonction de sécurité passe par un automate ou un contrôleur programmable, le logiciel entre dans le périmètre. Sa conception, sa vérification et sa maîtrise des modifications font partie de la démonstration. On ne peut pas calculer un PL sur le matériel et considérer que le programme échappe à l’analyse.
Enfin, le calcul n’est pas la fin du travail. La démonstration doit être validée : vérifier que la fonction réalisée est bien celle qui était spécifiée, et qu’elle se comporte comme prévu, y compris en défaut. C’est l’objet de la validation de la sécurité fonctionnelle, qui se conduit sur la machine réelle et dont les résultats rejoignent le dossier technique.
Un dossier complet sur ce sujet contient donc, pour chaque fonction de sécurité : sa spécification, son PLr justifié par l’appréciation du risque, l’architecture retenue, les données de fiabilité des composants, le calcul du PL atteint et le rapport de validation. C’est un ensemble, et il perd toute valeur probante dès qu’il lui manque un maillon.
Un Performance Level ne se choisit pas : le PL requis découle de l'appréciation du risque, et la conception doit ensuite démontrer que le PL atteint est au moins égal au PL requis.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Performance Level d'une machine ?
Le Performance Level (PL) est le niveau de fiabilité d'une fonction de sécurité, gradué de PL a à PL e, PL e étant le plus exigeant. Il se calcule fonction par fonction, jamais pour la machine entière : une même machine peut comporter une fonction en PL c et une autre en PL e.
Quelle est la différence entre PLr et PL ?
Le PLr, ou Performance Level requis, est le niveau de fiabilité exigé par le risque : il découle de l'appréciation du risque. Le PL est le niveau réellement atteint par l'architecture conçue. La conformité suppose que le PL atteint soit au moins égal au PLr.
Quelle version d'EN ISO 13849-1 faut-il appliquer ?
Les éditions 2015 et 2023 figurent toutes deux dans la liste des normes harmonisées machines. Les deux procurent donc actuellement la présomption de conformité. Il faut indiquer précisément dans la déclaration de conformité laquelle a été appliquée, et vérifier la version consolidée de la liste avant chaque publication.
À quoi correspondent les catégories B, 1, 2, 3 et 4 ?
Ce sont les architectures types des parties du système de commande relatives à la sécurité. Elles décrivent la structure du circuit — canal unique, canal unique fiabilisé, canal unique avec test, redondance — et déterminent, avec la fiabilité des composants, le Performance Level atteignable.
Sources
- Décision d'exécution (UE) 2023/1586 — normes harmonisées, version consolidée EUR-Lex
- Directive 2006/42/CE relative aux machines — texte intégral EUR-Lex, Journal officiel de l'Union européenne
- Règlement (UE) 2023/1230 relatif aux machines EUR-Lex
- Machines — page sectorielle de la Commission européenne Commission européenne, DG GROW