Normes techniques

EN 60204-1 : l'équipement électrique des machines

Ce que couvre EN 60204-1

EN 60204-1:2018Sécurité des machines - Équipement électrique des machines - Partie 1: Exigences générales — est une norme de type B. Elle traite d’un aspect transversal, l’équipement électrique, applicable à un très grand nombre de machines quelle que soit leur fonction.

Deux précisions d’écriture, qui ont des conséquences concrètes dans une déclaration de conformité.

Elle s’écrit « EN 60204-1 », sans « IEC ». C’est la partie 11 qui porte la désignation « EN IEC 60204-11 ». Cette différence n’est pas une coquette subtilité de normalisateur : dans un document juridique, une référence de norme se cite exactement.

Son intitulé français officiel est « Exigences générales », et non « Règles générales ». Cette dernière formulation correspond à une version antérieure. Voir « Règles générales » dans une déclaration de conformité récente signale immédiatement un document recopié d’un modèle ancien.

Erreur fréquente

« EN IEC 60204-1 » n'est pas la bonne écriture. Pour la partie 1, on écrit « EN 60204-1 », sans « IEC » — c'est la partie 11 qui porte la désignation « EN IEC 60204-11 ». Associée à un intitulé en « Règles générales », cette écriture trahit un modèle de déclaration jamais mis à jour.

2018
Version d'EN 60204-1 citée au Journal officiel de l'Union européenne
3
Catégories d'arrêt définies par la norme : 0, 1 et 2

Le périmètre de la norme est celui de l’équipement électrique de la machine, en aval du point de raccordement à l’alimentation.

Elle ne traite pas de l’installation électrique du bâtiment, ni de la distribution en amont — cette frontière est le premier point à clarifier sur un projet, et elle est régulièrement floue lorsque la machine est intégrée dans une ligne existante.

Alimentation et sectionnement

La norme commence par le point d’entrée de l’énergie, et par les conditions dans lesquelles on peut la couper.

Elle traite des conditions d’alimentation que la machine doit supporter, du raccordement au réseau, et des dispositifs de sectionnement de l’alimentation. Ce dernier point est celui qui a le plus d’impact opérationnel : c’est lui qui rend possible la consignation de la machine avant une intervention.

Un sectionneur qui ne peut pas être condamné en position ouverte, ou qui ne coupe pas toutes les sources d’énergie de la machine, rend la maintenance en sécurité impossible — quelle que soit la qualité du reste de l’installation. C’est un défaut de conception, pas un défaut d’exploitation, et il relève du fabricant.

Protection contre les chocs électriques et les surintensités

La norme organise la protection des personnes contre les contacts directs et indirects : enveloppes, barrières, isolation, mise à la terre, liaison équipotentielle, circuit de protection.

Elle traite ensuite la protection de l’équipement lui-même : surintensités, surcharges des moteurs, surtensions, coupures et rétablissements d’alimentation. Ce dernier cas mérite une attention particulière : le comportement de la machine lors d’un rétablissement de tension après coupure est un point de sécurité, pas seulement de disponibilité. Un redémarrage intempestif après retour du courant est un scénario d’accident classique.

Conducteurs, câblage et repérage

Une part importante de la norme est consacrée aux conducteurs et au câblage : choix des conducteurs, sections, modes de pose, identification, code des couleurs, séparation des circuits, bornes et raccordements.

Ces exigences paraissent secondaires à côté de la sécurité fonctionnelle. Elles ne le sont pas. Un repérage cohérent entre les schémas et l’armoire est ce qui permet à un technicien d’intervenir sans se tromper de circuit, dix ans après la mise en service, avec les schémas d’origine sous les yeux. Un câblage non repéré transforme chaque intervention de maintenance en prise de risque.

La documentation fait d’ailleurs partie intégrante des exigences : schémas, nomenclatures, plans d’implantation, données nécessaires à l’exploitation et à la maintenance.

Circuits de commande, arrêt d’urgence et catégories d’arrêt

C’est la partie la plus consultée de la norme.

Elle couvre l’alimentation des circuits de commande, leur protection, les fonctions de commande, les organes de service — actionneurs, boutons, interfaces — et les fonctions d’arrêt.

Les catégories d’arrêt structurent le raisonnement. La norme en définit trois :

CatégoriePrincipeUsage typique
0Arrêt par suppression immédiate de l’énergie aux actionneursArrêt non commandé, quand la coupure immédiate est le comportement le plus sûr
1Arrêt commandé : l’énergie est maintenue le temps d’obtenir l’arrêt, puis suppriméeMachines à forte inertie, où une coupure brutale créerait un danger
2Arrêt commandé avec maintien de l’énergie après l’arrêtArrêt de fonctionnement, maintien en position

Le choix de la catégorie n’est pas une préférence de conception : il découle de l’appréciation du risque. Sur une machine à forte inertie, une coupure immédiate peut être moins sûre qu’un arrêt commandé — outil qui continue de tourner en roue libre, charge qui descend sans retenue, pièce qui se libère. C’est un raisonnement à mener machine par machine, et à documenter.

L’arrêt d’urgence relève de la catégorie 0 ou de la catégorie 1, jamais de la catégorie 2 — un arrêt d’urgence qui laisserait l’énergie en place ne remplirait pas sa fonction.

Et il faut rappeler que l’arrêt d’urgence est une mesure complémentaire : il ne remplace jamais les mesures de protection issues des trois étapes de réduction du risque. Une machine dont la sécurité repose sur le réflexe de l’opérateur n’est pas une machine sûre.

Enfin, la fiabilité de ces fonctions relève d’un autre référentiel : c’est EN ISO 13849-1 ou EN IEC 62061 qui détermine avec quel niveau de confiance la fonction d’arrêt doit être réalisée. EN 60204-1 dit ce qu’il faut faire, les normes de sécurité fonctionnelle disent avec quelle fiabilité.

Les vérifications : la section qu’on oublie

EN 60204-1 ne se contente pas de prescrire une conception. Elle prévoit des vérifications de l’équipement électrique réalisé — contrôle de la conformité à la documentation, continuité du circuit de protection, essais d’isolement, essais fonctionnels, entre autres.

C’est, de très loin, la partie la plus négligée. Beaucoup de fabricants conçoivent proprement selon la norme, câblent proprement selon la norme, puis expédient la machine sans avoir formalisé la moindre vérification.

Le dossier technique contient alors des schémas irréprochables et aucune preuve que l’équipement réalisé correspond aux schémas.

En pratique

Un contrôle ne recherche pas la qualité de l'intention, mais la trace de la vérification. Un rapport daté, signé et référencé à la machine est une pièce à faible coût de production et à forte valeur probante.

Nous détaillons ces contrôles dans l’article consacré aux vérifications électriques selon EN 60204-1.

Ce que la norme ne règle pas

Deux limites, pour terminer, qui évitent des raccourcis coûteux.

EN 60204-1 ne couvre pas toutes les exigences essentielles applicables à votre machine. Elle procure la présomption de conformité pour ce qu’elle traite — l’équipement électrique. Les risques mécaniques, thermiques, ergonomiques, le bruit, les vibrations restent entièrement à traiter par ailleurs. La revue exigence par exigence de l’Annexe I de la directive reste due.

Elle ne remplace pas la norme de type C de votre machine, si elle existe. Lorsqu’une norme de type C traite un point également couvert par EN 60204-1 et s’en écarte, ce sont les dispositions de la norme de type C qui s’appliquent.

À retenir

EN 60204-1 est la norme de type B qui s'applique à pratiquement toute machine comportant un équipement électrique, et sa dernière section — les vérifications — est celle qui manque le plus souvent au dossier.

Questions fréquentes

Quelle est la version en vigueur d'EN 60204-1 ?

L'édition 2018. Son intitulé officiel est « Sécurité des machines - Équipement électrique des machines - Partie 1: Exigences générales ». La mention « Règles générales » correspond à une version antérieure et ne doit plus être utilisée.

EN 60204-1 est-elle obligatoire ?

Non, comme toute norme harmonisée son application reste volontaire. Mais elle est la référence de fait pour l'équipement électrique des machines, et son application procure la présomption de conformité aux exigences essentielles de sécurité électrique de la directive Machines.

Quelle est la différence entre les catégories d'arrêt 0, 1 et 2 ?

La catégorie 0 est un arrêt obtenu par suppression immédiate de l'énergie aux actionneurs. La catégorie 1 est un arrêt commandé, l'énergie étant maintenue le temps d'obtenir l'arrêt puis supprimée. La catégorie 2 est un arrêt commandé avec maintien de l'énergie après l'arrêt.

Faut-il écrire EN 60204-1 ou EN IEC 60204-1 ?

Pour la partie 1, l'écriture correcte est « EN 60204-1 », sans « IEC ». C'est la partie 11 qui s'écrit « EN IEC 60204-11 ». Cette précision compte dans une déclaration de conformité, où la référence doit être exacte.

Sources